
Les chutes d'Iguazu...
Jojo l'avait dis. "Les chutes d'Iguazu, c'est le plus beau truc que j'ai vu de ma vie...". Que dire d'autre ? Que puis-je rajouter ? Cependant, ne vous y trompez pas : aucun appareil photo au monde ne peux retransmettre la beauté et la puissance du site... Il faut réellement se trouver a proximité des chutes pour sentir l'énorme energie produite par ces gigantesques cascades. Personnellement, je le classe parmi mon "top five landscape" (je viens de l'inventer...), juste derrière les salars d'Uyuni et la region du Sud Lipez, au sud de la Bolivie. Mais ca, ca va être difficile a battre...(je sais je sais, c'est pas un concours...).
Quoiqu'il en soit, cela ne fais qu'augmenter ma curiosité - desormais sans limites ! - d'aller voir un jour les chutes Victoria, à cheval entre la Zambie et le Zimbabwe... D'ailleurs, pour ceux qui ne le savait pas, - comme moi - les chutes d'Iguazu sont elles aussi partagées entre le Brésil et l'Argentine. Deux tiers pour le pays du tango et Maradona, le tiers restant pour celui de la samba et des auriverdes de Pele. Decidement, quand même, l'Argentine a vraiment de tout...
BRRASILLLLL !!!!
Ricardo est docteur. Chirurgien. Il est en charge des transplantations de foie. (Pour ceux qui nous suivaient l'année derniere, c'est celui que nous avions rencontré au Tibet) Il vit a Rio. Rio de Janeiro. Ricardo est drôle, parle couramment six langues - dont le francais - , et est devenu notre ami. Il vit a Ipanema. Quartier riche de Rio, juste à côté de Copacabanna. On se doutait qu'il gagnait tres bien sa vie. Mais ce que nous ignorions, c'est qu'en plus d'être un chirurgien reconnu et respecté (il est conférencier, donne des cours...), il est egalement un des notables de la ville en sa qualité de deputé. Il possède un chauffeur, une femme de menage, et presque toutes les portes lui sont ouvertes. J'adore ce type. Il est resté tres simple. L'année prochaine, il sera diplomé de droit. Avocat. Mais il ne veut pas en rester là : il veut devenir juge. Et évidemment, je ne doute pas qu'il le sera.
Il vient nous chercher à la gare, avec une voiture. C'est la première fois en bientot six mois qu'on s'occupe de nous comme ça...Et vous savez quoi ? Ca fais du bien. Pourquoi pas, de temps en temps, se laisser guider ! De toute facon, nous ne sommes venu a Rio que pour lui. Je vous l'ai dis, Vanessa et moi, on adore ce type. Il nous présente à sa petite famille, nous trouve un hostel pas cher et juste en face de chez lui, nous donne des accreditations pour utiliser les spas et autres jaccuzis de son immeuble cossu, nous invite au restaurant...la belle vie quoi. Trop belle la vie, comme cette ville. Rio de Janeiro. Un nom mytique qui résonne encore à mes oreilles. Comme disait Jojo, et Dieu sait que Jojo à bien raison, cette ville ressemblerait bien à un petit paradis, adossée à ses multiples collines et la jungle, au bord de l'eau, avec ses plages sublimes, s'il n'y avait pas tant de violence. Chaque quartier de Rio (Sao Conrado, Leblon, Ipanema, Copacabanna, Botafogo, Flamengo, GLoria, Catete, et le centre pour ne citer que les plus connus) possède ses favelas, et ces favelas sont carrément adossées au dis quartiers. Une proximité hallucinante, et meurtrières aussi, fatalement.
Alors qu'avons nous fait ? Et bien les classiques : Le Christ rédempteur du Corcovado, el Pao de Azucar (pain de sucre), les plages, une favela, et même un match de foot au Maraccana ! En plus c'etait un classique ! (Flamengo - Vasco de Gama).
Au fait, petite parenthèse, je ne parle pas portugais. Je n'y comprend rien. Et pour une semaine, je n'ai pas envie de commencer à apprendre. Alors heureusement qu'ils comprennent l'espagnol, c'est toujours ça de gagner ; car il est vrai que si un portugais ou un Brésilien peut comprendre ses voisins castillants, l'inverse n'est malheureusement pas vrai !
Les belles filles de Rio ne sont pas une légende. La violence de Rio n'est pas une légende. Et la beauté de la ville n'en est pas une non plus. Je vous ai dis que nous avions visité une favela. Jamais je n'aurais jamais cru que je rentrerais un jour dans un endroit comme ca. Quand on a vu un film comme "La cité de Dieu" (Cidade de Deus, de Fernando Meirelles), inspiré de faits réelles, on se doute bien que ce n'est pas le genre d'endroit pour faire du tourisme. Mais voilà, Ricardo nous dis : je vous emmene voir une favela (il devait y aller pour son travail...). Il est connu la-bas, dû au programme humanitaire qu'il y developpe. Il a eu 3000 votes la bas. Bref, nous on dis : OK ! Ca fera une expérience !
Ce qui me frappe en entrant en voiture dans la favela de Rosia, pres de Leblon ou Sao Conrado je ne sais plus, c'est la proximité ahurissante avec les quartiers riches. Ricardo : "Richard, regarde bien les maisons ici - OK, répondis-je, dubitatif en observant les habitations classiques des quartiers non 'défavorisés' - Attends, attends, attends...Voilà, maintenant, c'est fini les riches ! s'exclame t-il". Et là, sans plus de transitions que ca, on bascule dans un autre monde. Nous ne sommes pas dans un bidonville, non. Mais le décor change du tout au tout, l'espace se réduit, les maisons sont précaires, et les voitures de police attendent a l'extérieur de la favela. Des voitures pourries, brulés, depecées sont parsemées ici et là. Je regarde par la fenêtre, observatif.
Ricardo : "Il y a 240 000 personnes qui vivent ici.
- 240 000 ? Tu voulais sûrement dire 24 000 ! dis-je en pensant qu'il avait mal traduit en français.
- Non ! 240 000". Et là, il me le redit en anglais, espagnol, allemand, et en portugais. Deux cent quarante mille.
- Comment 240 000 personnes peuvent-elles vivre ici ? demandais-je, incredule dû à l'estimation de la taille relativement réduite de la favela.
- On va sortir, tu va comprendre.
- Sortir ? T'es fou ? pensais-je, me pensant protégé dans le confort de cette voiture en mouvement.
On sort. Un type nous attends. Manifestement quelqu'un d'ici. Il marche devant nous. Et là, en s'enfoncant a l'intérieur de la cité, je réalise. Je réalise que les ruelles ne font qu'un mètre de largeur. Les habitations, très pauvres, sont entassées les unes sur les autres. 240 000 personnes. Là, oui, évidemment.
On sort du labyrinthe... Nous arrivons dans un espèce de marché. On se dirige vers un petit comptoir. Petit jus de canne, pas spécialement détendu d'être au milieu de la foule qui nous entends parler français mais ça va...Sauf que...Soudain, des types débarque en petit nombre - le genre noirs barraqués torse nus
à qui tu n'as pas envie de te frotter. - avec des armes dans les mains. Pas des pétards. Pas des petits révolvères. Non, des armes de guerre. Genre kalachnikovs ou AK-47. Et je ne plaisante pas. Des armes de guerres. J'utilise toutes ma concentration pour ne pas les regarder, et découvrir le secret qui me rendrait invisible. Je ne suis pas d'ici. Les gens le savent. Vanessa, couleur blanche touriste, est habillée en touriste.
Les types passent juste derrière nous et s'arrêtent un peu plus haut, à 20 mètres. Juste derrière nous. Sensation étrange d'avoir des types en armes dans une favela juste derrière vous. Non, je déconne, c'est hyper stressant. Les minutes défilent. Un type, sortant de je-ne-sais-où, et qui a première vue ne semble pas être avec les autres, s'appuie sur le comptoir, juste à coté de moi, et commande un verre. Normal. Sauf qu'il a un énorme révolvère dans sa ceinture. Genre film de gangster, vous visualisez ? Dorée, gros, beau calibre quoi.
Et là je me dis, bordel, qu'est ce que je fous là... D'ailleurs, si on partait ? Qu'est ce qui se passe là ? Où on est ? Les mecs portent des armes de guerillas, et tout le monde s'en fout ? Enfin pas tout à fait. Des regards inquiets émanent des tenanciers, vers la bande situés derrière nous... C'est pas vrai bordel, s'ils sont inquiets, c'est que ca sent pas bon. Je prend l'air détendu, je me retourne doucement, et j'essaye de regarder s'ils nous observent. Ils regardent dans notre direction, mais ne semblent pas spécialement faire de fixation sur nous. Les gens de la rue non plus d'ailleurs. Ca me rassure, ca va. Vanessa, non. Les minutes défilent. Ricardo, tout d'un coup, quitte le comptoir avec son accolyte, et se dirige vers les types !
- Ricardo ?... dis-je en lui emboitant le pas..
Et là, il me fait un signe discret, qui m'arrete tout de suite. "Attends, attends, je vais leurs parler..." Et il y va.
Là, je la boucle, mais leur parler de quoi ? Qu'est ce qu'il y a ? C'est à cause de nous ?
Vanessa : "- Mais tu n'as pas remarqué, tout le monde nous regarde depuis tout à l'heure !"
- Quoi ?!!! Mais je regarde depuis un moment, justement, et personne ne nous regarde !
Je ne suis pas un trouillard. Mais là, allez avouons-le, elle a réussi à me faire flipper.
Les minutes passent... Je vois Ricardo et les autres rigoler entre eux. Ils rigolent. Très bien, très bien. Ca me détend.
A la fin, Ricardo et son ami reviennent, et on s'en va.
- Il faut que tu m'expliques là, finis-je par lui dire.
- C'est un autre pays ici. Tu n'es plus au Brésil.
Je résume ce qu'il m'a rapporté, mais ça donne ca : Ces types sont la loi ici. c'est la bande armée de la favela, leur chef - celui que Ricardo est venu saluer (en tant que notable de la ville, il ne pouvait pas ne pas y aller) - régente la vie de toute la population locale. Ils font leur traffic, mais si quelqu'un est tué à l'intérieur de la favela, ils donnent de l'argent en retour à la famille. Il parait qu'il est aimé par les gens ici (là, je n'ai pas bien saisi s'il y avait du second degré..)
- "Docteur (tout le monde l'appelle Docteur), tu dis que je suis mauvais, mais regarde celui là, disait le chef de bande à Ricardo quelques minutes plus tôt en désignant un prisonnier. J'ai acheté sa vie 2000 réais. Il va rentrer chez lui vivant, ce soir. Regarde-le, il est assis tranquillement, il mange un bon repas, et il va rentrer vivant ce soir. J'ai acheté sa vie 2000 réais. Et après tu dis que je suis mauvais ?"
Voilà, c'est pour ça qu'ils rigolaient. Je suis dans une autre dimension. Très bonne expérience, comme disait BRuno, mais c'est assez pour moi. C'est sérieux ici. Et puis j'aime pas avoir des flingues dans mon dos. C'était bien... maintenant, j'ai vu (un petit peu) ce qu'était une favela, et maintenant je sais que les films sont certes une fiction, mais que tout cela est vrai. Donc oui, c'est dangereux ici. On réalise vraiment après cà qu'on est des touristes, et vraiment, être à la merci de psychopathes dans ton dos à qui il ne tiens qu'a leurs propres désirs du moment de te foutre une balle dans la tête pour rigoler, merci mais non merci.
Maraccana.
Et oui, j'ai eu le privilège, l'honneur suprême d'assister à un match de haut niveau au Maraccana, le temple du foot mondial ! Et j'ai même vu Romario et son 999ieme but ! Gros moment d'émotion, dans ce stade chargé d'histoire. Bon, j'évite de vous raconter la petite tension que j'ai ressenti (encore !) à la sortie du stade, mais oui, Rio est magnifique et oui, il faut faire attention.
Voilà, j'ai fais le tour, il y aurait bien d'autres choses à vous raconter, mais ça suffit. J'avais prévu de vous écrire une belle fin, avec un petit bilan personnel et tout, mais il se trouve que je n'en ai pas le coeur...En fait, je n'ai réalisé que tardivement, (la veille au soir avant le départ) que notre voyage était fini. Pour vous dire la vérité, ça ma foutu un coup. Mais ca ira mieux. C'était encore un très belle balade, où décidément nous aurons vu beaucoup de beau et même du très beau. Notre planète est belle. Voyager y est fabuleux. Vivre son rêve, c'est quand même quelque chose. Mais, si Dieu le veut, ma vie n'est pas encore fini. Pas encore. J'ai beaucoup d'autres idées en tête, ce n'est pas ça qui manque. Alors je me dis : patience. La vie est quand même foutrement belle, et maintenant, il faut regarder devant.
Alors je vous dis : au revoir et merci ! Merci de nous avoir suivi !
Spécial bisous à Eve (qui a pris sa journée de congé) et à la famille de Vanessa, pour être venu nous chercher à l'aéroport !
27 mars, Paris.
Il fait beau. Ca fait plaisir.
Richard. |